La colocation s'est imposée comme une réalité structurelle du marché locatif casablancais. Dans une ville où un appartement deux-pièces correct se loue entre 4 500 et 7 000 MAD par mois dans des quartiers comme Maarif, Bourgogne ou Ain Sebaa, partager les charges est devenu une stratégie courante chez les étudiants, les jeunes actifs et même les expatriés. Pourtant, le droit marocain ne dispose pas d'un régime spécifique à la colocation : les parties doivent donc s'appuyer sur la loi 67-12 relative aux rapports contractuels entre bailleurs et locataires, en adaptant ses dispositions à une configuration multi-occupants. Ce guide détaille les mécanismes juridiques applicables, les précautions contractuelles indispensables et les repères tarifaires actuels pour sécuriser une colocation à Casablanca en 2026.

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À retenir

La loi 67-12 du 26 novembre 2013 constitue le socle juridique de toute location à usage d'habitation au Maroc. En l'absence de texte spécifique à la colocation, ses dispositions s'appliquent intégralement : forme du bail, dépôt de garantie, préavis, obligations des parties.

Le cadre juridique de la colocation au Maroc

Le droit marocain ne définit pas la colocation comme un régime autonome. En pratique, deux montages juridiques coexistent sur le marché casablancais, chacun avec ses implications distinctes pour le propriétaire et pour les colocataires.

Le bail unique avec clause de solidarité

Le montage le plus sécurisant pour le bailleur consiste à rédiger un bail unique signé par l'ensemble des colocataires, assorti d'une clause de solidarité. Cette clause, expressément rédigée et acceptée par toutes les parties, rend chaque signataire responsable de la totalité du loyer en cas de défaillance d'un autre. Concrètement, si l'un des trois colocataires cesse de payer sa quote-part, le propriétaire peut réclamer l'intégralité du loyer aux deux autres, à charge pour eux de se retourner entre eux. Ce mécanisme est parfaitement légal au Maroc en vertu des articles relatifs à la solidarité passive dans le Code des obligations et contrats (DOC). La clause doit cependant être rédigée de manière explicite : une simple mention du nom des colocataires ne suffit pas à établir la solidarité.

Les baux individuels sur un même bien

Certains propriétaires préfèrent conclure un bail distinct avec chaque occupant, notamment lorsque le bien est divisé en chambres distinctes disposant chacune d'un accès indépendant. Cette formule offre plus de souplesse en cas de départ ou d'arrivée d'un colocataire, mais elle implique que le propriétaire gère autant de relations locatives que de chambres. Elle est plus fréquente dans les grandes villas converties de Ain Diab ou de Californie que dans les appartements standards. Du point de vue fiscal, chaque bail constitue un contrat distinct et doit être déclaré séparément.

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Attention

Un bail signé par une seule personne pour le compte de plusieurs occupants place le seul signataire en qualité de locataire principal, les autres n'ayant aucun titre juridique opposable au bailleur. En cas de litige ou d'expulsion, ces occupants ne bénéficient d'aucune protection légale. Ce montage est fortement déconseillé.

Rédiger un bail de colocation solide : les clauses essentielles

La loi 67-12 impose un contrat écrit pour toute location à usage d'habitation. Pour une colocation, la rédaction doit anticiper des situations spécifiques que le bail standard ne prévoit pas spontanément.

  • Identité complète de chaque colocataire (CIN ou passeport, adresse précédente, profession)
  • Clause de solidarité rédigée explicitement avec mention des conséquences pour chaque partie
  • Répartition interne du loyer entre colocataires (annexe non opposable au bailleur mais utile entre occupants)
  • Modalités de départ d'un colocataire : préavis applicable, conditions de remplacement, accord préalable du bailleur
  • Sort du dépôt de garantie en cas de départ partiel : qui récupère quelle fraction et dans quel délai
  • Règles d'utilisation des parties communes (cuisine, salon, salle de bain) et obligation d'entretien
  • Clause d'agrément : le propriétaire doit-il approuver le remplacement d'un colocataire sortant
  • Interdiction ou autorisation de sous-location partielle

Concernant le dépôt de garantie, la loi 67-12 le plafonne à deux mois de loyer pour les logements non meublés. Pour un appartement en colocation loué 6 000 MAD/mois, la caution maximale est donc de 12 000 MAD. La loi prévoit sa restitution dans un délai d'un mois après la remise des clés, sous réserve de l'état des lieux de sortie. Pour approfondir la distinction entre location meublée et non meublée et ses implications pratiques, l'article **Location meublée vs vide au Maroc : fiscalité et bail** (menzil.ma/guides/conseils/location-meublee-vs-vide-maroc-fiscalite-bail) offre une analyse comparative complète.

Conseil

Rédigez systématiquement un état des lieux d'entrée détaillé, pièce par pièce, signé par tous les colocataires et le bailleur. Joignez-y un inventaire photographié daté. Ce document est la seule preuve recevable en cas de litige sur les dégradations au moment du départ.

Prix du marché de la colocation à Casablanca en 2026

Le marché de la colocation casablancaise se segmente clairement selon les quartiers et le type de bien. Les données suivantes reflètent les prix pratiqués courant 2026 pour des chambres en colocation, charges comprises ou hors charges selon les cas.

Fourchettes de loyers par quartier

  • Maarif / Racine : 2 800 à 4 200 MAD/mois par chambre, appartements de standing, proches des grandes entreprises
  • Bourgogne / Gauthier : 2 500 à 3 800 MAD/mois, quartier mixte résidentiel-bureau, demande soutenue
  • Ain Sebaa / Sidi Bernoussi : 1 400 à 2 200 MAD/mois, profil ouvrier et étudiant, prix accessibles
  • Hay Hassani / Lissasfa : 1 200 à 1 900 MAD/mois, forte rotation, demande estudiantine
  • Ain Diab / Californie : 3 500 à 5 500 MAD/mois, villas converties, colocations haut de gamme
  • Quartier des Hôpitaux / Beausejour : 2 000 à 3 200 MAD/mois, profil médical et paramédical dominant

Ces loyers à la chambre représentent en général une économie de 35 à 50 % par rapport à la location d'un studio individuel dans les mêmes secteurs. Un studio correct à Maarif se loue autour de 4 500 MAD/mois en 2026 ; une chambre dans un appartement en colocation du même quartier revient à 2 800-3 200 MAD tout compris, soit une économie mensuelle réelle de 1 200 à 1 700 MAD. Sur douze mois, cette différence représente 14 400 à 20 400 MAD d'économie nette.

Charges et modalités courantes

La répartition des charges fait souvent l'objet de tensions entre colocataires. Les pratiques les plus courantes sur le marché casablancais sont : le loyer hors charges avec répartition égale des factures (eau, électricité, internet), ou un loyer tout compris avec provision mensuelle de 300 à 600 MAD par personne selon la surface et les usages. La consommation électrique d'un appartement en colocation de trois personnes se situe en moyenne entre 400 et 700 MAD par mois selon l'utilisation de la climatisation. L'abonnement internet (fibre ou ADSL) représente 200 à 350 MAD/mois, soit 67 à 117 MAD par colocataire dans une configuration à trois.

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Fiscalité de la colocation du côté du propriétaire

Du côté du bailleur, les revenus générés par une colocation sont des revenus fonciers imposables à l'impôt sur le revenu (IR) selon le barème progressif applicable aux revenus locatifs. Le régime fiscal marocain prévoit un abattement forfaitaire de 40 % sur les revenus bruts locatifs pour tenir compte des charges. Les tranches applicables en 2026 restent : exonération totale jusqu'à 30 000 MAD de revenus locatifs annuels bruts, puis imposition progressive au-delà.

Pour un propriétaire percevant 18 000 MAD/mois d'un grand appartement mis en colocation (trois chambres à 6 000 MAD chacune), le revenu annuel brut s'établit à 216 000 MAD. Après abattement de 40 %, la base imposable est de 129 600 MAD, soumise au barème IR progressif. L'obligation de déclaration annuelle à la Direction Générale des Impôts s'applique dans tous les cas, même lorsque le montant est inférieur au seuil d'imposition. La question des loyers impayés en colocation est également un risque à anticiper : l'article **Loyers impayés au Maroc : procédure d'expulsion légale** (menzil.ma/guides/locatif/loyers-impayes-maroc-procedure-expulsion-legale) détaille les recours disponibles et les délais réalistes.

Conseil

Si vous percevez des loyers de colocation, conservez toutes les quittances et justificatifs de charges (travaux, assurances, frais de gestion) sur au moins cinq ans. En cas de contrôle fiscal, ces documents constituent votre seule défense face à un redressement.

Salon moderne d'un appartement en colocation à Casablanca, quartier Maarif

Appartement en colocation dans le quartier Maarif, Casablanca

Les appartements de type F3 et F4 dans les quartiers centraux de Casablanca constituent la majeure partie de l'offre en colocation. Les espaces de vie communs bien équipés sont devenus un critère de sélection déterminant pour les locataires.

Droits et obligations des colocataires

Chaque colocataire signataire du bail bénéficie des protections accordées par la loi 67-12 : droit au maintien dans les lieux, protection contre l'expulsion sans décision judiciaire, droit à un logement en bon état d'habitabilité. En contrepartie, il supporte les obligations du locataire : paiement du loyer aux échéances convenues, usage paisible des lieux, entretien courant, souscription d'une assurance habitation.

Le départ d'un colocataire en cours de bail

C'est la situation la plus délicate dans la pratique. Lorsqu'un colocataire souhaite partir avant l'échéance du bail, plusieurs scenari se présentent. Si le bail comporte une clause d'agrément, un nouveau colocataire doit être présenté et accepté par le propriétaire avant que le partant soit libéré de ses obligations. Sans remplacement validé, le colocataire sortant reste solidairement tenu des loyers futurs jusqu'à l'échéance du bail ou jusqu'à la signature d'un avenant libératoire. Le préavis légal applicable aux locations à usage d'habitation est de un mois pour les locataires en droit commun, mais le bail peut prévoir des délais différents pour la colocation.

Assurance habitation en colocation

L'assurance multirisques habitation est une obligation légale pour tout locataire au Maroc depuis la loi 17-99 portant code des assurances. En colocation, deux approches coexistent : une police unique souscrite au nom de tous les colocataires (plus simple, prime entre 600 et 1 200 MAD/an selon la surface et les garanties), ou des polices individuelles pour chaque occupant. La première option est préférable car elle évite les zones grises de couverture sur les biens communs et les dommages causés par un tiers dans les parties partagées.

Ce qu'il faut retenir sur la colocation à Casablanca

  • La loi 67-12 s'applique à la colocation sans régime juridique spécifique : le bail unique avec clause de solidarité est le montage le plus sécurisant pour le bailleur
  • Le dépôt de garantie est plafonné à deux mois de loyer hors charges, quelle que soit la configuration locative
  • Une chambre en colocation coûte entre 1 200 et 5 500 MAD/mois à Casablanca selon le quartier, soit 35 à 50 % moins cher qu'un studio individuel
  • Le colocataire sortant reste solidairement tenu des loyers si un avenant libératoire n'est pas signé par toutes les parties
  • Les revenus locatifs tirés d'une colocation sont imposables à l'IR avec un abattement forfaitaire de 40 % ; la déclaration annuelle est obligatoire
  • L'assurance habitation est une obligation légale pour chaque locataire : une police commune pour tous les colocataires est recommandée
Nous avons signé un bail de colocation à trois dans un F4 à Bourgogne. Le propriétaire avait fait rédiger la clause de solidarité par un avocat et avait joint une annexe claire sur le sort du dépôt en cas de départ. Quand l'un de nous est parti six mois plus tard, tout s'est regle sans litige parce que tout était prevu dans le contrat. Ce niveau de detail fait vraiment la difference.

A approfondir sur Menzil

  • Location meublée vs vide au Maroc : fiscalité et bail : https://menzil.ma/guides/conseils/location-meublee-vs-vide-maroc-fiscalite-bail
  • Loyers impayés au Maroc : procédure d'expulsion légale : https://menzil.ma/guides/locatif/loyers-impayes-maroc-procedure-expulsion-legale
  • Location courte durée au Maroc : obligations légales Airbnb 2026 : https://menzil.ma/guides/locatif/airbnb-location-courte-duree-obligations-legales-maroc
  • Succession immobilière au Maroc : règles et procédures : https://menzil.ma/guides/juridique/succession-immobiliere-maroc-regles-procedures
Menzil nous a accompagnés du début à la fin de notre projet. Leur connaissance du marché local et leur rigueur sur la vérification des documents nous ont permis de finaliser l'achat en toute sérénité.
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Client Menzil

Acheteur — Casablanca

Questions fréquentes sur la colocation à Casablanca

Un propriétaire peut-il refuser des colocataires sans motif au Maroc ?
Oui. La liberté contractuelle prévaut : un bailleur peut choisir librement ses locataires, à condition de ne pas invoquer un motif discriminatoire prohibé. Il peut refuser une candidature en raison de revenus insuffisants, d'absence de garant ou de références locatives insatisfaisantes. En pratique, les propriétaires exigent des revenus cumulés représentant deux à trois fois le loyer total.
Que se passe-t-il si un seul colocataire ne paie pas sa part du loyer ?
Si le bail comporte une clause de solidarité, le propriétaire peut réclamer la totalité du loyer impayé aux autres colocataires signataires. Ces derniers disposent ensuite d'un recours en remboursement contre le colocataire défaillant devant le tribunal compétent. Sans clause de solidarité, le bailleur ne peut agir que contre le signataire direct concerné.
Faut-il déclarer une colocation à la commune ou à une administration ?
Il n'existe pas d'obligation de déclaration administrative spécifique à la colocation au Maroc. En revanche, le bailleur doit déclarer ses revenus locatifs à la Direction Générale des Impôts chaque année, et le bail gagnerait à être enregistré auprès des services fiscaux pour lui conférer une date certaine opposable aux tiers.
Un colocataire peut-il sous-louer sa chambre sans l'accord du propriétaire ?
Non. La sous-location sans autorisation écrite du bailleur constitue une violation du contrat de bail susceptible d'entraîner sa résiliation judiciaire. La loi 67-12 est explicite sur ce point. Si un colocataire doit s'absenter temporairement et souhaite faire occuper sa chambre, il doit obtenir l'accord préalable du propriétaire, idéalement formalisé par un avenant au bail.
Quel est le préavis applicable pour quitter une colocation à Casablanca ?
La loi 67-12 prévoit un préavis d'un mois pour le locataire souhaitant résilier un bail d'habitation. Ce délai est calculé à partir de la notification écrite adressée au bailleur. Le bail de colocation peut prévoir un délai plus long, notamment pour permettre au propriétaire de trouver un remplaçant ou de commercialiser à nouveau le bien, mais ne peut pas descendre en dessous du minimum légal.

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