Mettre un bien en location au Maroc expose le propriétaire à un risque majeur : choisir un locataire insolvable ou litigieux. Or, la législation marocaine encadre de manière précise les droits et obligations des deux parties dès la phase de sélection. Entre les documents que vous êtes légalement en droit de réclamer, les critères de solvabilité admis et les discriminations strictement interdites, naviguer dans ce cadre réglementaire demande méthode et rigueur. Ce guide, à jour pour 2026, vous donne les outils concrets pour constituer un dossier solide, protéger votre patrimoine et éviter les contentieux.
À retenir
La loi n° 67-12 relative aux baux d'habitation, entrée en vigueur en 2016, constitue le texte de référence pour encadrer la relation bailleur-locataire au Maroc. Elle complète le Dahir des obligations et contrats (DOC) de 1913 qui reste applicable pour les dispositions générales du contrat.
Le cadre légal de la sélection locative au Maroc
La sélection d'un locataire au Maroc ne relève pas du seul bon vouloir du propriétaire. Elle s'inscrit dans un cadre juridique précis qui interdit toute discrimination fondée sur des critères non objectifs et non liés à la capacité du candidat à honorer ses engagements contractuels. La loi n° 67-12 consacre le principe de bonne foi dans la formation du contrat de bail et protège le candidat locataire contre les pratiques abusives lors de la phase précontractuelle.
En pratique, le propriétaire dispose d'un pouvoir de sélection étendu, mais ce pouvoir est borné. Il peut exiger des justificatifs de solvabilité, demander un garant, fixer un loyer en rapport avec le marché local et refuser un candidat dont le profil financier ne correspond pas au loyer demandé. En revanche, il ne peut pas refuser un candidat pour des raisons tenant à son origine, sa religion, son état civil ou son état de santé. Ces distinctions sont essentielles, car un refus fondé sur des critères illicites peut exposer le bailleur à des poursuites civiles.
Attention
Refuser un locataire en raison de sa nationalité, de sa confession religieuse ou de son sexe est une pratique illégale au Maroc. Même si les litiges restent rares sur ce fondement, la jurisprudence tend à se renforcer. Documentez toujours vos motifs de refus de manière objective et financière.
Les documents légalement exigibles au candidat locataire
La constitution d'un dossier locataire est la première étape concrète de la sélection. La loi marocaine ne dresse pas de liste exhaustive des pièces exigibles, mais la pratique notariale et les usages du marché ont établi un corpus de documents admis. Le principe directeur est simple : vous ne pouvez demander que les documents nécessaires à l'évaluation de la solvabilité du candidat et à la vérification de son identité.
Pour un locataire salarié
- Copie de la Carte Nationale d'Identité (CNI) en cours de validité
- Contrat de travail (CDI, CDD ou attestation de travail datée de moins de 3 mois)
- Trois derniers bulletins de salaire originaux
- Relevés de compte bancaire des trois derniers mois
- Dernier avis d'imposition si disponible (souvent détenu via l'employeur)
Pour un locataire indépendant ou commerçant
- Copie de la CNI
- Registre de commerce ou attestation d'inscription à l'identifiant fiscal (IF)
- Relevés de compte professionnels des six derniers mois
- Déclarations fiscales des deux dernières années (formulaire IS ou IR)
- Attestation d'inscription à la CNSS le cas échéant
Pour un locataire retraité ou rentier
- Copie de la CNI
- Attestation de pension délivrée par la CMR, RCAR ou CNSS selon le régime
- Relevés de compte des trois derniers mois
- Tout justificatif de revenu complémentaire (loyers perçus, dividendes, etc.)
Conseil
Exigez systématiquement les originaux des bulletins de salaire lors d'un entretien physique, même si vous en conservez des copies. Les faux documents sont une réalité du marché locatif marocain, notamment dans les grandes villes. Une vérification directe auprès de l'employeur, par simple appel téléphonique, reste le moyen le plus efficace de confirmer l'authenticité d'un contrat de travail.
Les critères de solvabilité : ratios et règles de prudence
La solvabilité est le critère central et légalement le plus solide pour justifier l'acceptation ou le refus d'un candidat. Le marché locatif marocain applique depuis plusieurs années une règle empirique : le loyer ne doit pas dépasser 30 % des revenus nets mensuels du locataire. Cette règle, bien qu'elle ne soit pas inscrite dans la loi n° 67-12, est largement reconnue par les tribunaux et les professionnels de l'immobilier comme un critère raisonnable et non discriminatoire.
Pour un appartement loué 5 000 MAD par mois à Casablanca ou Rabat, le revenu net mensuel minimal attendu du candidat devrait donc être de l'ordre de 16 700 MAD. Pour un bien à 3 000 MAD à Marrakech ou Fès, un revenu de 10 000 MAD représente un plancher raisonnable. Ces seuils peuvent être abaissés si le candidat présente une caution solidaire ou une garantie bancaire.
La garantie de loyer et le dépôt de garantie
La loi n° 67-12 autorise le propriétaire à exiger un dépôt de garantie, communément appelé avance sur loyer. Son montant est encadré : il ne peut pas excéder deux mois de loyer pour un bail d'habitation. En pratique, sur le marché marocain, ce dépôt est souvent fixé à un mois de loyer, soit entre 2 000 MAD et 15 000 MAD selon les villes et les types de biens. Ce dépôt doit être restitué dans un délai d'un mois après la remise des clés, déduction faite des éventuels dommages constatés lors de l'état des lieux de sortie.
La caution solidaire : un filet de sécurité légal
Lorsque le profil financier d'un candidat est insuffisant ou incertain, le propriétaire peut conditionner la signature du bail à la présentation d'un garant. Ce garant, personne physique ou morale, s'engage solidairement au paiement du loyer et des charges en cas de défaillance du locataire. L'acte de cautionnement doit être rédigé avec précision : montant garanti, durée de l'engagement, conditions de mise en jeu. Un garant sans revenus vérifiables n'offre aucune garantie réelle. Pour éviter les situations conflictuelles, consultez notre article sur les procédures en cas de défaillance : "Loyers impayés au Maroc : procédure d'expulsion légale" disponible sur Menzil.
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Formaliser la sélection : le bail et ses clauses essentielles
Une fois le locataire sélectionné, la formalisation du contrat est l'étape qui cristallise vos droits. La loi n° 67-12 impose que tout bail d'habitation soit établi par écrit. Un accord verbal n'est pas nul, mais il prive le bailleur de la plupart de ses protections légales en cas de litige. Le contrat doit mentionner obligatoirement : l'identité complète des parties, la description précise du bien loué, le montant du loyer et des charges, la durée du bail, le montant du dépôt de garantie et les conditions de révision du loyer.
La question de la durée du bail est stratégique. La loi prévoit deux régimes principaux : le bail de droit commun, généralement d'une durée de trois ans renouvelable, et le bail précaire pour les situations temporaires dûment justifiées. Le choix entre ces deux formules a des implications importantes sur vos possibilités de reprise du bien. Pour approfondir ce point, l'article "Bail 3 ans vs bail précaire au Maroc : lequel choisir ?" sur Menzil détaille les avantages et contraintes de chaque régime.
L'état des lieux : une obligation légale sous-estimée
La loi n° 67-12 impose l'établissement d'un état des lieux contradictoire à l'entrée et à la sortie du locataire. Ce document, signé par les deux parties, constitue la pièce maîtresse en cas de litige sur la restitution du dépôt de garantie. En l'absence d'état des lieux d'entrée, le bien est présumé avoir été remis en bon état, ce qui place le propriétaire dans une position défavorable pour retenir tout ou partie de la caution. L'état des lieux doit être précis, pièce par pièce, avec mention de l'état des équipements, des revêtements et des installations.
Signature d'un bail locatif au Maroc
La signature du contrat de bail en présence des deux parties, accompagnée de l'ensemble des pièces justificatives, est une étape incontournable pour sécuriser la relation locative.
Les pratiques à éviter absolument lors de la sélection
Certaines pratiques courantes sur le marché locatif marocain exposent les propriétaires à des risques juridiques réels. Au-delà des discriminations illicites déjà mentionnées, plusieurs comportements sont à proscrire formellement pour éviter toute contestation ultérieure.
- Exiger le paiement de plusieurs mois de loyer d'avance au-delà du dépôt de garantie légal (deux mois maximum) : cette pratique est illégale et peut entraîner la nullité de la clause correspondante
- Demander des documents sans lien avec la solvabilité : carnet de vaccination, test de grossesse, casier judiciaire non pertinent, etc.
- Conditionner la location à l'adhésion à un service ou prestataire imposé par le bailleur
- Refuser de délivrer un reçu ou une quittance de loyer : la loi n° 67-12 l'impose à la demande du locataire
- Établir un bail en langue étrangère sans version arabe ou française officiellement acceptée par les deux parties
- Modifier unilatéralement le loyer en cours de bail sans respecter les modalités de révision contractuelles
Attention
La pratique consistant à réclamer 3, 6 voire 12 mois de loyer d'avance sous forme de 'garantie supplémentaire' est illégale au Maroc. En cas de litige, le tribunal peut ordonner la restitution des sommes indûment perçues et accorder des dommages et intérêts au locataire. Ne cédez pas à cette tentation même dans un marché tendu.
Cas particuliers : locataires étrangers et locations meublées
Les ressortissants étrangers
La location à un ressortissant étranger est légale et courante au Maroc, notamment dans les villes touristiques comme Marrakech, Agadir ou Tanger, mais aussi dans les quartiers d'affaires de Casablanca. Les documents exigibles sont les mêmes qu'un résident marocain, avec les adaptations nécessaires : passeport en cours de validité, titre de séjour ou carte de résidence, contrat de travail local ou attestation de revenus émise par l'employeur étranger avec traduction certifiée si nécessaire. Les revenus exprimés en devises étrangères doivent être convertis en dirhams au cours officiel Bank Al-Maghrib pour l'application du ratio de solvabilité.
Les locations meublées et la location courte durée
Les locations meublées, qu'elles soient de courte durée (type Airbnb) ou de longue durée, obéissent à des règles spécifiques. Pour la location meublée longue durée, le même cadre de la loi n° 67-12 s'applique. Pour la location saisonnière ou touristique, le cadre juridique relève plutôt de la réglementation sur l'hébergement touristique, avec une obligation d'enregistrement auprès du ministère du Tourisme pour les propriétaires actifs dans ce segment. La sélection des locataires y est plus souple, mais le risque de dégradation du mobilier justifie une attention accrue au dépôt de garantie, qui peut être fixé contractuellement à un montant supérieur en location meublée.
Après avoir subi deux ans de loyers impayés avec un premier locataire choisi sans vérification sérieuse, j'ai décidé de mettre en place un processus rigoureux : dossier complet, vérification employeur par téléphone, caution solidaire systématique. Depuis trois ans, aucun incident. La sélection au départ, c'est 90 % de la tranquillité sur la durée du bail. - Karim B., propriétaire bailleur à Casablanca, immeuble résidentiel de 4 appartements
Ce qu'il faut retenir
- La loi n° 67-12 encadre la sélection locative et interdit toute discrimination non fondée sur des critères objectifs de solvabilité
- Le ratio loyer/revenus de 30 % est la règle de prudence standard reconnue par les praticiens et les juridictions marocaines
- Le dépôt de garantie est plafonné à deux mois de loyer pour un bail d'habitation ; toute somme supérieure est récupérable par voie judiciaire
- L'état des lieux contradictoire à l'entrée est obligatoire et constitue la seule protection réelle du propriétaire pour la restitution du dépôt
- Un bail écrit, complet et signé reste indispensable : un accord verbal expose le bailleur à l'impossibilité de faire valoir ses droits en cas de litige
- La caution solidaire doit être formalisée par écrit et son garant doit disposer de revenus vérifiables pour constituer une garantie effective
“Menzil nous a accompagnés du début à la fin de notre projet. Leur connaissance du marché local et leur rigueur sur la vérification des documents nous ont permis de finaliser l'achat en toute sérénité.”
Client Menzil
Acheteur — Casablanca
Questions fréquentes
Un propriétaire peut-il refuser un locataire sans donner de raison au Maroc ?
Peut-on demander un extrait de casier judiciaire au candidat locataire ?
Quel est le délai légal pour restituer le dépôt de garantie à Marrakech ou Casablanca ?
Est-il possible d'exiger une assurance habitation au locataire avant la signature du bail ?
Un locataire étranger sans titre de séjour définitif peut-il signer un bail au Maroc ?
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