Les travaux dans un appartement loué constituent l'une des sources de tension les plus fréquentes entre propriétaires et locataires au Maroc. Qu'il s'agisse de réparations d'entretien, d'améliorations ou de modifications structurelles, chaque partie dispose de droits et obligations précis définis par la loi 65-00 régissant le contrat de bail. Comprendre ce cadre juridique permet d'éviter des conflits coûteux et de préserver la relation entre bailleurs et occupants. Notre guide vous expose l'intégralité des règles applicables en 2026, les responsabilités de chacun, et les procédures à respecter. Pour mieux appréhender vos obligations contractuelles, consultez également notre article sur comment bien lire et analyser un contrat de bail au Maroc.
À retenir
Au Maroc, la distinction entre travaux de maintenance courante et travaux structurels est déterminante : elle établit qui paie, qui autorise, et qui exécute. Ignorer cette distinction expose le locataire à des retenues sur dépôt de garantie et le propriétaire à des pertes patrimoniales.
Cadre légal : ce que dit la loi marocaine sur les travaux locatifs
La loi 65-00 relative au contrat de bail d'immeubles affectés à l'habitation ou à l'usage professionnel pose le socle des droits et obligations. Elle précise que le propriétaire assume les réparations de structure et d'envergure majeure, tandis que le locataire supporte les dégradations liées à son usage normal. Depuis la réforme de 2018, les contrats de bail doivent inclure une clause explicite énumérant les catégories de travaux et leur répartition financière. Cette clarification protège les deux parties et réduit les litiges devant les tribunaux de première instance. Le permis d'habiter au Maroc dépend également du respect de ces normes, car tout travail significatif peut nécessiter une vérification administrative. En cas de désaccord, les tribunaux se réfèrent à la jurisprudence établie et à la pratique contractuelle standard du secteur immobilier marocain.
Articles clés de la loi 65-00

La loi 65-00 fixe les regles du jeu entre bailleur et locataire
Le contrat de bail marocain distingue clairement les obligations de chaque partie selon la nature des travaux, evitant ainsi de nombreux litiges evitables.
- Article 11 : Obligations du propriétaire (réparations majeures, étanchéité, électricité générale)
- Article 12 : Obligations du locataire (entretien courant, nettoyage, usure normale)
- Article 14 : Clause de révision du loyer en cas de travaux importants
- Article 15 : Droit de résiliation en cas de travaux impactant l'habitabilité
- Article 18 : Responsabilité du locataire pour dégâts intentionnels ou négligence manifeste
Répartition des travaux : qui paie, qui autorise, qui exécute
La répartition des travaux entre propriétaire et locataire dépend de leur nature et de leur impact sur le bien. Les travaux de structure (toiture, fondations, murs porteurs) relèvent exclusivement du propriétaire. Les installations communes (ascenseur, chaufferie collective, façade) aussi. En revanche, l'intérieur de l'appartement – peinture, revêtements, sanitaires secondaires – constitue la responsabilité du locataire s'il y a dégradation anormale. Cette distinction est renforcée par les normes d'assurance habitation marocaine, car les sinistres liés à l'entretien insuffisant relèvent de la responsabilité civile du locataire.
Travaux à charge du propriétaire

Entretien courant, reparations lourdes : qui prend en charge quoi
Les menues reparations incombent generalement au locataire, tandis que les travaux structurels et les grosses reparations restent a la charge du proprietaire bailleur.
- Charpente, toiture, terrasses et étanchéité (coût moyen : 800-2 500 MAD au m²)
- Murs porteurs et refends, fondations
- Gros œuvre (façade, enduits, joints)
- Installations communes (tuyauterie générale, conduites d'eau, électricité générale jusqu'au compteur)
- Chauffage collectif, ascenseur, équipements collectifs
- Fenêtres extérieures et menuiseries communes
- Peinture extérieure et ravalement (tous les 5-7 ans)
- Réparation d'infiltrations ou humidité générale
Travaux à charge du locataire
- Peinture intérieure (murs, plafonds, portes internes)
- Revêtements de sol usés ou endommagés (carrelage, parquet, moquette)
- Remplacement de sanitaires (lavabo, toilettes, baignoire) endommagés par le locataire
- Entretien courant (nettoyage des vitres, joints, éclairages)
- Petit électroménager ou équipements fournis par le propriétaire à titre gracieux
- Réparation de dégâts causés par négligence ou accidents personnels
- Remplacement de serrures ou poignées endommagées (sauf usure normale)
Travaux partagés ou selon accord
- Portes intérieures (généralement propriétaire si structure, locataire si réparation mineure)
- Appareils de chauffage individuel (maintenance propriétaire, nettoyage filtre locataire)
- Radiateurs (si fournis par propriétaire, sa charge ; si apportés par locataire, charge locataire)
- Tuyauteries secondaires : selon le contrat et la gravité du problème
Procédures obligatoires : autorisation, notification et délais
Avant d'engager des travaux, le locataire doit obtenir l'autorisation écrite du propriétaire. Cette formalité, trop souvent omise, représente une source majeure de litige. La demande doit décrire la nature, l'ampleur, le calendrier et l'entreprise chargée des travaux. Le propriétaire dispose généralement de 8 à 15 jours pour répondre (selon le contrat). Son refus doit être motivé : il ne peut bloquer un travail de maintenance vital. Le locataire ne peut en aucun cas entreprendre des modifications structurelles sans accord préalable écrit. Pour les travaux du propriétaire, celui-ci doit notifier le locataire au moins 48 heures avant (délai minimal : 24 heures sauf urgence). Si les travaux rendent l'appartement inhabitable plus de 7 jours, le locataire peut demander une réduction de loyer ou la résiliation du bail. Cette question rejoint les enjeux de location et investissement immobilier au Maroc, car les propriétaires doivent anticiper ces coûts.
Étapes de la procédure

Une autorisation prealable est requise pour toute modification
Le locataire doit notifier et obtenir l'accord du proprietaire avant tout amenagement significatif, sous peine de devoir remettre le logement en etat a son depart.
- Locataire soumet demande écrite (email ou courrier recommandé avec accusé de réception)
- Propriétaire dispose de 8-15 jours pour accepter, refuser ou négocier
- En cas d'accord : préciser le budget, l'entreprise, le calendrier et qui paie
- Localaire obtient devis des artisans (minimum 2 comparaisons)
- Exécution des travaux selon calendrier convenu
- Inspection conjointe après achèvement et signature de réception
- Paiement ou déduction du loyer selon accord
Point d'attention
Aucun travail, même mineur, ne doit être entrepris sans accord écrit. Le propriétaire peut conserver le coût des travaux non autorisés sur le dépôt de garantie, et le locataire risque un procès pour dégradation ou modification non autorisée du bien.
Dépôt de garantie et retenues pour travaux : les règles claires
Le dépôt de garantie (caution) représente généralement un à trois mois de loyer selon les accords régionaux. Au Maroc, ce dépôt est destiné à couvrir les dégâts matériels, les loyers impayés ou les travaux non autorisés. À la fin du bail, le propriétaire dispose de 30 à 45 jours pour retourner le dépôt ou justifier les retenues. Les retenues doivent être documentées : factures d'artisans, photographies, devis. Une retenue sans justificatif est considérée comme abusive et peut donner lieu à des poursuites. Pour les investisseurs immobiliers à Casablanca, Marrakech ou Tanger, la gestion rigoureuse du dépôt de garantie influence directement la rentabilité locative. Chaque retenue doit être facturée précisément, sans majorations. Les travaux autorisés et payés par le locataire ne peuvent pas être déduits du dépôt, sauf accord contraire écrit. En cas de désaccord, la pratique contractuelle marocaine recommande l'arbitrage ou la médiation avant action judiciaire.
Cas de retenue autorisée

Le depot de garantie ne couvre pas tous les frais
Seules les degradations imputables au locataire, au-dela de l'usure normale, peuvent justifier une retenue sur le depot de garantie en fin de bail.
- Peinture murale endommagée (au-delà de l'usure normale) : 150-500 MAD selon surface
- Carrelage cassé ou dégradé : 200-800 MAD selon quantité
- Serrures, poignées, quincaillerie endommagées : 50-300 MAD
- Loyers impayés (jusqu'à la limite du dépôt)
- Dégâts d'humidité causés par le locataire : 300-2 000 MAD selon ampleur
- Électroménager fourni endommagé : coût réel avec dépréciation (30-50% après 3 ans)
- Remplacement de sanitaires cassés : 400-1 200 MAD selon article
Conseil
À la signature du bail, photographiez l'état de chaque pièce en haute résolution. Envoyez ces photos au propriétaire par email pour constituer une preuve de l'état initial. Cela prévient 80% des litiges sur les retenues de caution.
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Droits du locataire en cas de travaux du propriétaire
Lorsque le propriétaire décide de travaux importants dans l'immeuble, le locataire n'est pas démuni. La loi marocaine lui reconnaît plusieurs protections. Si les travaux rendent l'appartement inhabitable ou diminuent significativement son confort (absence d'eau, coupures électriques répétées, bruit continu), le locataire peut réduire le loyer proportionnellement ou même résilier le bail sans pénalité. Cette résiliation doit intervenir après notification écrite au propriétaire et un délai de 30 jours. Le locataire peut aussi exiger une indemnité de relogement temporaire si les travaux durent plus de 7 jours consécutifs. En cas de refus du propriétaire, la jurisprudence marocaine soutient généralement le locataire pour préjudice moral et matériel.
Protections légales du locataire
- Droit de réduction de loyer : 50-100% selon gravité et durée des travaux
- Droit à indemnité de relogement si durée > 7 jours
- Droit à résiliation sans pénalité si habitabilité compromise
- Droit à accès aux locaux pour surveiller dégâts potentiels
- Droit à compensation pour perte d'usage partielle du bien
- Obligation du propriétaire de minimiser le bruit et la poussière (horaires encadrés)
Ce qu'il faut retenir
- La loi 65-00 définit clairement qui paie : structure et gros œuvre au propriétaire, entretien courant au locataire
- Aucun travail ne doit être entrepris sans accord écrit préalable ; les travaux non autorisés peuvent entraîner une perte de caution
- Les retenues sur dépôt de garantie doivent être justifiées par des factures et factures ; une retenue sans preuve est abusive
- En cas de travaux majeurs du propriétaire, le locataire dispose de droits : réduction de loyer, indemnité de relogement, ou résiliation
« J'ai loué un appartement à Casablanca et j'ignorais que je ne pouvais pas peindre les murs sans autorisation écrite. À la fin du bail, le propriétaire a retenu 800 MAD de caution pour « restauration décorative ». J'ai perdu ce montant sans recours car je n'avais pas de preuve écrite d'accord. Aujourd'hui, je conseille toujours aux locataires : demandez toujours par email et obtenez une réponse écrite. Cela sauve le dépôt de garantie. » – Khalid M., Casablanca, 2025
Questions fréquentes
Le propriétaire peut-il refuser tous les travaux demandés par le locataire ?
Qui paie les réparations d'électricité ou de plomberie en cas de panne ?
Peut-on résilier le bail si les travaux du propriétaire durent longtemps ?
Conseils pratiques pour éviter les conflits
Prévenir un litige coûte bien moins cher que le résoudre. Quelques gestes simples réduisent dramatiquement les risques de conflit. Documentez tout : signatures, photos, devis, factures. Communiquez par écrit (email, SMS, courrier recommandé) plutôt que verbalement. Clarifiez les responsabilités dès la signature du bail en annexant un document détaillé des travaux à charge de chacun. Pour les propriétaires investisseurs, intégrer les coûts de maintenance prévisionnelle (peinture tous les 5 ans, électricité tous les 10 ans) dans votre rendement locatif. Consultez les articles sur l'investissement immobilier pour évaluer correctement votre marge. Les petits conflits dégénèrent souvent en grands procès : mieux vaut payer 200 MAD pour un artisan autorisé que 5 000 MAD pour des honoraires d'avocat.
Checklist avant chaque travail
- Photographie l'état initial de chaque pièce (murs, plafonds, revêtements, sanitaires)
- Envoyez les photos au propriétaire par email avec date et heure
- Soumettez une demande écrite de travaux avec devis détaillé de l'artisan
- Obtenez confirmation écrite d'approbation (email du propriétaire suffit)
- Gardez toutes les factures et devis (original ou copie)
- Prenez photos avant, pendant et après les travaux
- Demandez signature de réception des travaux (fait signé conjointement)
- Conservez tous les documents au moins 3 ans après fin du bail
Recours en cas de litige : médiation et justice
Si malgré les précautions un conflit surgit, plusieurs recours existent. La médiation gratuite auprès de la préfecture ou la commune est souvent efficace et rapide (2-4 semaines). En cas d'échec, vous pouvez saisir le tribunal de première instance du lieu d'implantation du bien. Les frais de dossier y sont modestes (100-500 MAD selon demande). Le jugement intervient en 3-6 mois en moyenne. Pour les retenues abusives sur caution, le tribunal impose souvent au propriétaire le remboursement intégral plus intérêts légaux. Pour les dégâts matériels ou travaux non autorisés, l'expert judiciaire évalue les dommages. Avoir une documentation complète (photos datées, emails, factures) augmente vos chances de gain de 90%. Les avocats spécialisés en droit immobilier au Maroc facturent 2 000-5 000 MAD pour une affaire simple, plaider avant les tribunaux. Pour les investisseurs envisageant une location intensive, comprendre ces risques et les intégrer à votre analyse d'investissement immobilier est essentiel.
Conseil
Avant d'engager un avocat, tentez la médiation amiable auprès de votre commune ou préfecture. Cette approche gratuite ou quasi-gratuite résout 70% des litiges locatifs en moins de 6 semaines, sans frais supplémentaires.
Cas spécifiques : copropriétés et immeubles collectifs
Dans une copropriété, la répartition des travaux devient plus complexe. Les parties communes (escaliers, façade, toiture, ascenseur, chauffage collectif) relèvent du syndic et de l'assemblée générale des copropriétaires. Aucun copropriétaire ne peut y effectuer de travaux sans approbation préalable (majorité simple ou qualifiée selon importance). Les appareils communs endommagés (radiateurs d'un système collectif) sont aux frais du syndic via les charges communes, payées par tous les propriétaires au prorata. En revanche, les installations privatives (radiateur additionnel, climatisation murale) relèvent du propriétaire individuel. Le locataire ne peut rien modifier aux parties communes. Cette complexité supplémentaire explique les conflits fréquents dans les immeubles. Si vous envisagez un achat en copropriété pour location, examinez attentivement les types de financement disponibles et les rendements locatifs attendus, car les charges communes réduisent la rentabilité de 2-5% annuels.
Répartition en copropriété
- Travaux parties communes : 100% syndic/propriétaires (charges collectives)
- Appareils communs (ascenseur, chaufferie) : 100% charges communes
- Travaux privés dans l'appartement : 100% propriétaire individuel
- Ravalement façade : 100% charges communes (obligatoire tous les 5-7 ans)
- Remplacement tuyauteries collectives : 100% charges communes
- Électricité générale immeuble : 100% charges communes
- Serrure porte d'entrée immeuble : 100% charges communes
Financement des travaux importants : options pour propriétaires
Pour les propriétaires envisageant des travaux majeurs, plusieurs options de financement existent. La plus courante reste l'autofinancement ou la réduction temporaire de loyer acceptée par le locataire. Certains propriétaires optent pour une augmentation de loyer justifiée par amélioration (légalement autorisée, avec préavis). Le crédit immobilier pour travaux existe auprès de la plupart des banques marocaines (taux 5-7% annuels, durée 5-10 ans). La BMCE Bank of Africa propose des crédits travaux avec conditions flexibles pour les propriétaires de bien loué. Les MRE (Marocains Résidant à l'Étranger) bénéficient souvent de conditions dégressive pour financer des travaux au Maroc. Les subventions publiques pour isolation thermique ou efficacité énergétique existent (jusqu'à 30 000 MAD dans certaines régions) mais sont rarares et chronophages à obtenir. Pour les investisseurs locatifs, intégrer le coût de maintenance annuel (1-2% de la valeur du bien) dans votre prévisionnel garantit la viabilité long terme de l'investissement.



